jeudi 20 mars 2008

De l'importance de la politique étrangère dans l'élection américaine.


Me revoilà après quelques jours de réflexion (peu efficaces d'ailleurs). La question d'aujourd'hui est: quelle sera l'influence de la politique étrangère américaine dans l'élection de novembre prochain?


Cette question se pose alors que nous sommes au milieu d'une crise financière majeure et donc que l'économie semble être une priorité aux yeux des américains, alors qu' McCain est en tournée international e (Jordanie avant-hier avec une mini-gaffe d'ailleurs, Israel hier, France demain). Mias parallèlement, certains sondages sont assez encourageants pour McCain, qui pourrait bien être élu sur sa stature de vétéran de guerre.


Parlons de l'Irak. Pour McCain, c'est clair, renverser Saddam était un acte juste, l'après-guerre a été par contre mal géré, avec des troupes américaines insuffisantes en nombre et mal formées, sans compter des actes impardonnables (torture, Guantanamo toujours ouvert...). Mais les résultats de la "surge", l'augmentation l'an dernier du nombre de soldats américains a eu les effets voulus. Car même si l'Irak n'est pas vraiment la région idéale pour passer ses vacances en ce moment, nos sympathiques media français "oublient" de nous rappeler quelques faits:


  1. Les attentats ont drastiquement chuté depuis l'an dernier.

  2. Selon une enquête indépendante (http://abcnews.go.com/PollingUnit/popup?id=4429204&contentIndex=1&page=1), les Irakiens sont daventage satisfait de leur sécurité.

  3. L'invasion américaine était une bonne chose pour un Irakien sur deux.

  4. Seuls 38% d'entre eux sont pour un départ immédiat de la coalition.

Donc, avant de traiter McCain de faucon insensé, il faut examiner la situation actuelle et les conséquences éventuellement dramatiques si les Américains s'en vont.


Ca, c'était le point de vue irakien. Ce qui est plus gênant pour les Américains, ce sont les 4000 soldats morts depuis cinq ans (même si les attaques ont sensiblement diminué), et le coût astonomique de la guerre (on parle de plusieurs milliers de milliards de dollars, un PIB français, quoi). Et ce sont sur ces critères que les Démocrates prévoient de quitter l'Irak, et pas une grande générosité d'âme, du genre "on leur a trop fait de mal, il vaut mieux s'en aller". Non, Obama l'a d'ailleurs répété, il faut que les Irakiens se débrouillent tous seuls, cela ne nous regarde pas. On peut voir ça comme ça. Mais:



  1. Je doute que pour des raisons logistiques, Hillary et Obama parviennent à retirer leurs troupes en quelques mois

  2. Obama a dit qu'il renforcerait la présence américaine au Pakistan et en Afganistan, là où Al Qaeda est présent en force, alors que c'est moins vrai en Irak. Mais l'organisation terroriste a profité de l'affaiblissement du régime irakien pour s'y installer également. Donc on peut penser qu'avec un retrait américain, elle y serait encore plus présente. Et c'est un problème, bien évidemment.

  3. Les américains souhaiteraient un pouvoir fort en Irak, mais cette notion semble assez incompatible avec une gouvernance multi-ethnique (chiites, kurdes, sunnites). Ce qui empêcherait pour le moment l'émergence d'islamistes au pouvoir ou d'une succursale de l'Iran, c'est la présence d'une classe moyenne importante et assez peu religieuse en Irak. Du moins, les Américains comptent dessus.

Bref, l'Irak, c'est complexe, la solution McCain me semble meilleure pour les Irakiens mais difficile pour les Américains, et la solution démocrate serait bonne à court terme pour les USA, mais pourrait engendrer un chaos qui nuirait peut-être à long terme aux occidentaux.



Parlons rapidement du Pakistan et de l'Afghanistan. Obama a exposé une doctrine de frappes préventives contre les terroristes que n'auraient pas renié les néo-conservateurs. Hillary et McCain ont été un peu plus flous mais on peut penser qu'ils auront un comportement analogue.



Et l'Iran? McCain veut durcir sensiblement les sanctions et instaurer une pression militaire en cas d'inefficacite. Hillary joue profil bas, mais je suis sûr qu'elle est proche de McCain sur ce dossier. Enfin, Obama, même s'il s'oppose à l'obtention de l'arme atomique par l'Iran, a proposé de négocier en personne avec Ahmadinejad. Stratégie douteuse aux yeux de nombreux Américains, qui voient en Ahmadinejad une réincarnation d'Hitler "soft" (et encore). Je demande à voir.



On pourrait évoquer le conflit israelo-palestinien, mais contrairement à beaucoup je pense que c'est justement une affaire qui les concernent eux, et uniquement eux. Certains voient en ce conflit la mère de tous les maux du monde, y compris le terrorisme, mais je trouve ce raisonnement stupide. Certes, cela catalyse la haine de tous les extrêmistes, mais il ne faut pas penser qu'Al Qaeda cesserait immédiatement sa guerre à l'occident en cas de paix au Proche ou au Moyen-Orient. C'est une guerre contre les valeurs portées par celui-ci. McCain et Clinton suivront une ligne proche de celle de Clinton-Bush. Certains pensent qu'Obama chengerait la donne, mais je n'y crois pas, n'oubliez pas qu'il est Démocrate...



Enfin évoquons l'affaire de la semaine, celle du pasteur Jeremiah Wright, auteur de sermons d'une grande haine, parfois d'une grande violence, et qui a prêché tous les dimanches dans l'Eglise où se rendait Obama. Obama a pris ses distances avec ce pasteur, tout en reconnaissant que c'est lui qui lui avait redonné la foi, et qu'il lui devait beaucoup. Devant la polémique, Obama a prononcé mardi un discours sur le racisme, la foi, un joli discours, vraiment, qui a convaincu ceux qui l'étaient déjà et peut-être fait hésiter certains. Mais les républicains n'entendent pas effacer l'ardoise si facilement, et gardent bien au chaud des dossiers pours septembre... ça sera sportif.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Vous avez tout a fait raison:
http://acropolisreview.com/2008/03/john-mccains-iraq-war-five-year.html

http://talkingpointsmemo.com/archives/184135.php