mercredi 8 avril 2009

L'argent des Français


Je viens d'achever la lecture de ce livre assez instructif, qui balaye un spectre assez large de sujets économiques, à la chasses des idées reçues. Bien sûr, il faut différencier le remarquable travail de collecte et d'analyse de données à propos du revenu ou du patrimoine des Français depuis deux siècles et les opinions de l'auteur sur des mesures à prendre, que l'on est en droit de partager ou non. Voici quelques-unes des idées évoquées par Jacques Marseille:
  • Le revenu moyen des Français s'est considérablement accru depuis deux cents ans (en monnaie constante), et ce malgré une première moitié du vingtième siècle assez catastrophique. Mais depuis cinquante ans, malgré une progression annuelle en apparence faible (1.6%), ce revenu progresse toujours, notamment pour les plus pauvres, mais les classes moyennes peuvent se sentir un peu lésées.
  • Le patrimoine des Français était considérable au début du siècle, a ensuite dramatiquement chuté, avant d'augmenter considérablement depuis trente ans, grâce à la flambée de la Bourse et à des mesures libérales le plus souvent prises par les Socialistes (!).
  • Les inégalités se sont assez largement réduites, il n'y a qu'à examiner les rapports interdéciles au fil des ans, ou l'indice de Gini, pour constater que la France est l'un des pays les moins inégalitaires dans le monde. Mais les injustices peuvent par contre croître, comme en ce qui concerne les différences entre régimes de retraite. Et on peut se demander si une société plus dynamique, plus mobile (socialement parlant) mais un peu plus inégalitaire n'est parfois pas préférable à la morosité collective actuelle.
  • Jacques Marseille aborde ensuite la question de l'inflation, en constatant que le pouvoir d'achat ne se réduit qu'en de très rares occasions en France depuis des années, même si la perception peut être différente, avec la hausse sensible des prix de biens de consommation courante qui ne représentent finalement qu'une faible partie des dépenses du ménage moyen, ou avec la hausse des dépenses ressenties comme des contraintes, qui n'existaient pas il y a quelques années (abonnements des portables, internet, etc). Plus original, l'auteur attaque le dogme selon lequel l'inflation est une mauvaise chose, en évoquant des périodes ou des pays ou souvent, une forte croissance rime avec une inflation non négligeable.
  • En ce qui concerne les impôts, Jacques Marseille s'en prend à notre fiscalité lourde et complexe, et prône l'instauration d'une "flat tax" identique pour tous, qui est bien plus égalitaire qu'elle ne paraît, si elle est couplée avec la disparition des niches fiscales, surexploitées par les riches (qui ne sont d'ailleurs pas épargnés dans le livre, notamment les grands patrons). Autres idées: la suppression de l'ISF et la création d'une TVA sociale, en s'inspirant d'autres pays européens dont on nous vante pourtant souvent le modèle social et éducatif(Danemark ...). Idée amusante: on devrait payer aux salariés l'intégralité de leur salaire plus les prestations sociales (retraite, santé) qu'ils devraient ensuite eux-mêmes régler, afin de faire prendre conscience du poids des charges.
  • Enfin, dans un dernier châpitre un brin utopique, l'auteur tente de montrer que l'on pourrait remplacer la totalité des prestations sociales (chômage, retraite, allocations, bref, tout), par une allocation de 750€ pour tous les Français perçue tout au long de la vie... en leur faisant confiance pour l'utilisation de cette somme.
Bref, pas mal de chiffres surprenants, des idées intéressantes, d'autres controversées, mais un livre que je recommande à lire, avec un peu d'esprit critique bien sûr.

PS: petit aparté en ce qui concerne la rémunération des patrons et tous les excès que l'on a connus récemment. On peut lire à ce propos le (vieil) article de Sherwin Rosen, "Economics of Superstars", où il justifie le fait que certaines "stars" soient payées de manière démesurée parce qu'elles sont difficilement remplaçables, et qu'elles génèrent bien plus d'argent qu'elles n'en gagnent elles-mêmes. Ceci vaut pour les stars de la chanson, les sportifs de haut niveau etc... Je pense que cela peut également s'appliquer à certains grands patrons, Ghosn à l'époque de Nissan, Lindsay Owen-Jones à l'Oreal... mais ce n'est clairement pas le cas de tous aujourd'hui (et j'aimerais d'ailleurs qu'on ne fasse pas d'amalgame entre ces quelques dizaines d'excès, certes totalement indécents, et les deux millions de petits patrons français qui touchent pour la plupart deux ou trois mille euros par mois).

Le problème est que les grands patrons, même ceux dont l'entreprise n'est pas performante, voient leur salaire augmenter, et même parfois dépasser ceux des patrons performants. Scandaleux, sûrement, mais ce n'est pas un phénomène économique unique. En effet, il n'y a qu'à voir les niveaux élevés de salaires pratiqués pour des joueurs football qui ne sont même pas titulaires dans leur club en Europe (salaires qui leur sont garantis même en cas de contre-performances durables!), ou pire encore, en NBA (et des exemples de joueurs médiocres gagnant des millions de dollars par an sont légions, Juwan Howard par exemple...).

Bref, je n'excuse pas les dérives de ces derniers temps, mais il faut éviter de trouver des boucs émissaires à tout prix en gardant des oeillères vis à vis d'autres domaines tout aussi scandaleux. Surtout que beaucoup de ces grands patrons n'ont pas forcément plus de responsabilités dans la crise que d'autres personnes (si on parlait des agences de notation, des brokers immobiliers américains ou des équipes d'investissement en dérivés de crédit de certaines institutions financières, ce serait différent...)

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